Ils ont beau l’appeler ‘chambre’, c’est une cellule et on dort mal dans une cellule. L’héau, tu n’as jamais dormi dans une cellule. On y dort mal. Mais j’ai aussi déjà dormi sur le plancher de béton du sous-sol d’un militant socialiste dans les années ’60 à Québec et tout ce à quoi j’ai pensé cette nuit-là c’était la cuisse de la fille superbe qui était couchée à côté de moi dans mon sac de couchage. Comment dormir dans de telles conditions ? À un moment donné elle s’est tournée vers moi et nous avons passé la nuit collés comme un vieux couple. Je t’évite les détails licencieux ! Je crois que c’était une manif à Québec contre le premier ministre Bertrand et le bill 63. Quelle aventure !
Vais-je passer me première nuit à me tourner 20 fois ? Que veulent-ils de moi ? M’examiner pour comprendre comment il se fait que je ne sois pas un mort vivant ? Me confier des tâches spéciales ? Faire de moi un tueur comme dans le film « Nikita » ? Pourtant je n’ai rien fait d’illégal compte tenu que le système de droit est inexistant. Voudraient-ils me transformer en zombie car ils ne tolèrent pas les exceptions ? Sont-ils responsables de ce virus qui a frappé la population mondiale il y a deux ans ? Si c’est le cas, ils seraient alliés avec d’autres forces militaires mondiales. L’ONU ? L’OTAN ? Ce mal est-il arrivé lentement avec les différents vaccins qu’on nous a « proposés » ces dernières années ?
Au beau milieu de mes cogitations, une petite porte s’ouvre dans la porte de mon cachot. Le gardien heurte la porte avec ses clés et crie « à la soupe ». Je prends le plateau qu’il pousse. J’y distingue un bol de soupe et une assiette avec des tranches de pain rassis. La soupe est un amas de chou trop cuit. J’en mage la moitié. L’assiette contient une tranche de pain de viande. Mais quel peut bien être la viande composante ? Ont-ils leurs propres troupeaux ? Ça ne m’étonnerait pas…
Bref, je ne mourrai pas de faim mais je ne ferai pas de tissus adipeux ici ! Soit. De toute façon, je me suis préparé au pire dans le passé et je suis en mesure de réactiver cette force qui m’habite. Je m’étais préparé à devenir un de ces hommes de fer que le Che voulait créer pour voir s’embraser la révolution dans toutes les Amériques. Je m’étais préparé à être condamné plusieurs fois à perpétuité comme Pierre-Paul Geoffroy qui a reçu la peine de prison la plus sévère de toute l’histoire du Commonwealth britannique alors que la bombe qu’il aurait mis à la Bourse n’avait fait aucune victime. Son tort le plus grave avait été de s’attaque au symbole même du système capitaliste. Diable, il faut se souvenir l’héau.
Alors qu’ils me gardent dans un trou de deux mètres cubes et ils ne me casseront pas. Ils ne m’auront pas ni par l’hypnose ni par le sérum de vérité. Mais ils ont des moyens que je ne connais pas comme la lecture sur les tomographies du cerveau. Je sais que ça existe mais j’ignore si je peux résister à cela. Mais au fait, que sais-je qu’ils voudraient apprendre ?
Je m’étends sur mon lit qui ressemble davantage à une natte grossière toute hérissée.